Sur la colline

13 février 2009

Comme le travail obligatoire, la crise est réservée aux non-riches

"Les actionnaires des entreprises du CAC 40 (...) ont touché 54,2 milliards d'euros de dividendes en 2008, soit un très léger recul par rapport à l'année précédente (57,2 milliards)." (Le Monde)
A noter aussi les rémunérations des dirigeants des entreprises en France - banques et constructeurs automobile : ça tourne entre deux et quatre millions d'euros par an. On comprend mieux qu'il faille aider ses présidents-directeurs-généralissimes besogneux de la république, afin qu'ils continuent à geler les salaires des employés et en virer quelques-uns pour maintenir un bon rendement des actions en bourse... "La bourse ou la vie", comme disent certains !
Mais le salarié ne croit pas disposer de la liberté de manoeuvre du rentier et lorsqu'il n'en peut plus et descend dans la rue, ce n'est pas pour réclamer plus de justice sociale pour tous, c'est en général pour défendre son propre moyen de subsistance, il ne rêve pas d'un monde meilleur pour tous, il veut juste être sûr de pouvoir encore mettre du pain sur sa petite table et de la danette dans son frigo; et comme le chien qui sait qu'il ne doit pas mordre la main qui le nourrit au quotidien, le salarié ne s'enthousiasmera que très rarement pour la révolution sociale, l'instinct de survie dans ce monde néopostmoderne le poussera plutôt à tout faire pour conserver le droit d'aller bosser tous les matins pour un revenu stable (tellement stable qu'il stagne depuis 20 ans) et du fond de son fauteuil, dans son petit confort de bourgeois occidental, il regarde et admire les aristos, en attendant d'éventuellement gagner au loto et d'ainsi se libérer du travail obligatoire.
Pendant ce temps, le gouvernement propose plusieurs centaines de milliards d'euros pour sauver les banques et les fabricants de voitures (et les salaires de leurs dirigeants qui ont commis des erreurs de jugement grossières), même chose de l'autre côté de l'océan. Il manque soi-disant 15 milliards de ces mêmes euros pour équilibrer les comptes de la sécurité sociale; il manque 320 millions de dollars pour éradiquer la polio dans le monde; et il me manque mille euros pour payer mon loyer.
Dans une société qui produit, l'actionnaire est un parasite qui s'octroie le droit de ponctionner la majeure partie des richesses pour la création desquelles il n'a fourni aucun effort. Un parasite qui dirige cependant le corps social sur lequel il se nourrit et tire de cette situation une fierté et une arrogance vulgaires. Un parasite qui vient nous expliquer que c'est la crise et qu'il va falloir se serrer la ceinture; dans quelques mois il viendra nous dire que c'est la faute à ceux qui n'ont l'air pas comme nous et viennent nous envahir avec leurs moeurs bizarres. Vive le national-capitalisme !