Sur la colline

15 mars 2006

Ce Petit Electrochoc

On va bien voir samedi 18 mars si la promulgation de ce nouveau contrat de travail est apte à cristalliser les colères variées et rompre la croute du fatalisme économique qui sévit et endort. La propagande martèle la victoire du capitalisme comme système économique et pousse les gens à croire à son côté naturel et évident. Chacun dans son microcosme étanche est fataliste et se concentre sur sa propre survie et celle de sa petite tribu. Nul ne bouge lorsque les bulldozers du libre marché démolissent le jardin du voisin. Par contre beaucoup se mettent en colère si ces mêmes engins viennent massacrer leurs plates-bandes et défoncer leurs nains de jardin; certains alors seront prêts à descendre dans la rue, tandis que la plupart avaleront la rancune avec un verre de coca devant la télévision.
Qui sont donc ces étudiants qui manifestent ? Quelle est la nature de leur révolte ? Où étaient-ils à chacune des attaques sur les services publics ? Où sont-ils lorsque les camps de rétention se remplissent, lorsque les rafles et les expulsions se multiplient ? Que pensent-ils des cadeaux fiscaux fait aux contribuables les plus riches par ce même premier ministre qui les horripile soudain ? Le gouvernement a osé piétiner leurs plates-bandes, jeter encore un peu plus de doute sur leur avenir de consommateurs : les voilà dans la rue. C'est déjà ça, par rapport à tous ceux qui ont pris l'habitude de baisser la tête. Malheureusement, il me semble voir un troupeau de veaux, de jeunes consommateurs (citoyens domestiqués) affolés d'un avenir sans crédit : ce ne sont pas là quelques taurillons capables, d'un coup de cornes bien placé, de faire voler en éclat le miroir aux alouettes de notre société du spectacle. Ils en veulent de ce spectacle, ils en rêvent, ils en sont, et, comme tout un chacun, ils retourneront dans leurs microcosmes respectifs lorsque les caméras seront parties. A moins que ce petit électrochoc n'ait réveillé leur instinct de citoyen. On peut toujours rêver !