Sur la colline

28 novembre 2005

Le travail c'est la santé

Cette valeur centrale en notre chère République, n'est plus même garante d'un logement. Et notre romantique 1er ministre de demander aux associations d'aide d'accueillir les "sdf actifs" pour un mois (alors que jusqu'à présent le délai maxi était d'une semaine). Alors là, c'est nouveau : il existe donc des sdf actifs. D'abord, il a fallu nous habituer, comme les chiens que nous sommes, au terme SDF : depuis le début de la vague de froid, ce sont 5 "sdf" qui sont morts de froid et non pas 5 hommes ou femmes (au fait, c'est le froid qui fait des ravages et non pas la misère ou la méchanceté de ceux qui foutent les autres à la porte). D'ailleurs, quel euphémisme dans ce F : sans domicile fixe, pourquoi ne pas dire sans domicile tout court - sûrement une histoire de marketing.
Et maintenant voici donc que sans détour notre 1er gouvernant nous apporte la nouvelle sur un plateau : il y a des sdf actifs, des sdf qui travaillent. "Il va falloir vous habituer les gars, sdf ce n'est pas stf (où le t serait "travail") et chez les sdf il y a des sdf actifs et des sdf pas actifs (ce sont les vrais fainéants eux) et puis il y a les sdf actifs avec voiture et les sdf actifs sans voiture...
Nous verrons peut-être un jour des gens qui font tout pour s'intégrer, qui travaillent et tout, mourir de faim sur le chemin du boulot, nous les appelerons les SDFASSPM (Sans Domicile Fixe Actifs Sans Sou Pour Manger).
Vive la République.

26 novembre 2005

Argent, échanges, bonne volonté, propriété privée

La magie de l'argent étonne de jour en jour. Sa capacité à se changer en tout, à faciliter les échanges. Certains rêvent de l'abolir pour effacer les inégalités et réduire les injustices. Ce n'est après tout peut-être qu'un outil de transition. Un outil qui nous démontrent l'utilité et la faisabilité des échanges. Aujourd'hui, des millions d'échanges s'effectuent grâce à cet argent : plutôt que de l'éliminer, ne pourrait-on le remplacer par la "bonne volonté" ? Échanges de compétences et de produits seulement motivés par la volonté d'échanger. Reste la question de la valeur d'échange et de l'équilibre.
L'argent a envahi le champ social et ce n'est pas tant la nature de l'argent qui pose problème et fait perdre du temps aux humains : c'est sa répartition et donc la notion de propriété privée (acquisition et transmission).
Il faut ranimer les idées de Proudhon et étudier le droit de la propriété privée dans nos sociétés modernes : c'est la pierre angulaire de notre organisation sociale déséquilibrée. Il remarquait que nous, modernes, arrivions à accepter le fait que nos ancêtres antiques aient pu se tromper dans le domaine de la physique par exemple (ils croyaient que la terre était plate) mais refusions par contre de penser qu'ils aient pu se tromper dans le domaine du droit. Or, à la base la terre n'est à personne et à tout le monde : pour se l'approprier, un individu doit donc "exproprier" les autres, d'où la notion de vol comme acte instituant le droit de propriété. La propriété privée d'un logement ou d'une automobile n'est pas ici en cause - mais bien la propriété privée des moyens de production et la transmission de celle-ci d'une génération à l'autre; l'accumulation et le monopole.
Puisque la propriété nait d'un vol, elle ne repose fondamentalement sur rien de juste et le droit ne peut la défendre qu'avec quelque petits bouts de papier, simples expressions de la cristallisation du rapport de force originel ayant tourné à l'avantage du propriétaire : ainsi, la morale aura beau essayé, elle ne pourra jamais suffire comme garante du respect de ce "droit" de propriété, seule la loi du plus fort est capable de la perpétuer et lui donner sa validité légale.
Et cette loi du plus fort détermine les rapports sociaux : c'est toujours la contrainte physique qui a le dernier mot et s'affuble des attributs de la justice.
Tiens, je vais aller m'acheter des croissants (au beurre).