Sur la colline

28 février 2006

Nicolas, fils de hongrois

Dommage que la proposition de loi sur l'immigration choisie n'ait pas existée il y a quelques années, lorsque le papa de Nicolas est venu chercher refuge sur le territoire de la République française : il aurait sans doute été refoulé et le troublion ne nous aurait pas cassé les bonbons; du coup, il serait peut-être né en Argentine ou au Paraguay. Au lieu de cela, le laxisme de l'époque a permis à cet immigré hongrois de s'incruster sur le sol de notre chère France et de nous remercier en produisant un rejeton populiste, mégalomane et néocon aux prétentions élyséennes. Demain, grâce à Nicolas et ses amis, notre chère patrie pourra enfin se préserver de ce genre de mésaventure et trier sur le volet ceux qui tambourinent à la porte du pays des droits de l'homme.

05 février 2006

Le consommateur : le citoyen domestiqué

Qu'il est beau ce monde néopostmoderne dans le quel nous vivons ! Le mode de vie occidental de nos contemporains, principalement inspiré par le modèles états-unien, se targue d'incarner la route à suivre, étant sorti seul survivant de la révolution industrielle. La pensée néolibérale (celle des "néocons" comme on les appelle de l'autre côté de l'océan) tente de s'imposer comme l'unique solution raisonnable lorsqu'il s'agit de déterminer le mode d'organisation de nos sociétés d'humains. Finis la lutte des classes, l'opposition dialectique entre l'univers du capital et celui du travail, le conflit ouvert entre le capitaliste et le prolétaire : disparues les idées, les théories, la philosophie, les opinions qui remettraient en cause l'organisation économique capitaliste et discuteraient d'une redistribution plus solidaire des produits issus de l'activité humaine, alimentée par la mise en commun du travail et du capital.
Le lambda béotien privilégié d'Occident, qui sort un peu éberlué du royaume enchanté de l'adolescence, se trouve face à la même question existentielle qui assaille chaque humain atteignant l'âge adulte : quelle est ma place dans ce drôle de monde ? Et la réponse est là, elle vous attend sur l'étagère de n'importe quel supermarché : vous êtes un consommateur.
La fourmilière s'organise et chacun doit connaître sa place : il y a quelques poignées de décideurs et la foule des consommateurs. Consommateur par-ci, consommateur par-là. Le citoyen est mort et enterré sous les flots des publicités et de l'information formatée. Le mot "citoyen" a été vidé de sa substance, à coups de travail forcé, de revenus précarisés, de télévision divertissante, de suffrage universel ritualisé. Consommez et on s'occupe du reste. Le concept de "crise économique" s'est installé durablement dans l'inconscient collectif, revendique l'omnipotence et traîne dans son sillage la précarité, l'épouvantail du chômage, la honte de l'inactif. La seule solution pour relancer l'économie : consommez ! L'univers politique est une chasse gardée, le monde social est laissé en friche : votre place se limite à votre rôle économique d'individu en bout de chaine, celui qui désire et achète. Peu importe qui produit et peu importe qui profite; désormais, vous pouvez consommez un délicieux boeuf bourguignon dans sa barquette réchauffé dans un four micro-ondes les yeux grand ouverts devant votre écran plat géant et, tant que vous vous levez chaque matin pour aller gagner votre croûte, votre participation volontaire à la vie de la cité se limitera à l'acte de consommer. Les décisions politiques ne vous concerneront qu'un dimanche tous les cinq ou six ans, en ce jour béni où vous irez béatement déposer un petit bulletin dans une urne et, par là, dél
èguerez le peu de pouvoir politique qui vous restait à un homme ou une femme qui n'a aucune idée de la manière dont vous vivez.
Le citoyen n'a plus sa place dans notre société néopostmoderne : l'élément lambda est devenu ce consommateur que l'on gave consciencieusement dès le plus jeune âge et dont le foie gras ravira les papilles avides des quelques décideurs qui se tiennent fièrement sur la tête des masses et engrangent sans vergogne les savoirs et les produits générés depuis des siècles par l'humanité et la mise en commun des efforts individuels multiples et variés. Sortir les lambda de cette léthargie organisée est un objectif vital pour l'humanité : cette nonchalance citoyenne inculquée par les cadences du travail forcé et de la consommation à outrance sonnent le glas de l'imagination et du libre arbitre.
La pseudo-philosophie des "néocons" reposent sur la recherche de profit et la compétition : son application ne bénéficie, en fin de compte, qu'à une poignée d'individus surprivilégiés aux positions dominantes héritées d'années d'exploitation et l'individualisme déformé dont elle fait la promotion est en passe de jeter aux oubliettes des notions fondamentales, sources de réflexion vivifiante, comme l'amour de son prochain, le partage, la paix, la coopération ou encore la tolérance, cette sorte de respect bénéfique qui ne nait pas de la peur. La domestication des citoyens s'accélère et les transforme, l'un après l'autre, en ces vaches aux mamelles hypertrophiées dont la seule raison de vivre consiste à brouter l'herbe des prés entourées de barbelés et produire du lait à outrance en regardant passer les trains, pour remplir les poches et les comptes en banque des décideurs.
Cette volonté des puissants de nous changer en vaches laitières et boeufs paisibles utilise comme principaux instruments l'astreinte au travail, la répartition injuste des produits et du capital générés par l'activité humaine, en bref la rareté et l'accès difficile au capital. La solution passe certainement par l'émergence et le développement d'une vision du monde, d'une philosophie qui remette l'argent et le travail à leurs places et n'en fasse plus des buts mais des moyens destinés à faciliter les relations humaines,
à graisser les mécanismes interactifs et favoriser les échanges qui font vivre la société. De nos jours, le lambda, domestiqué et réduit à son rôle de consommateur, n'a plus le temps de s'occuper de l'organisation de la vie de la cité, il a donc perdu son droit à la citoyenneté.
Augmenter les salaires et réduire le temps de travail : les lambda sherpas doivent reprendre en mains leur destin d'acteur social et revendiquer leur citoyenneté... à moins qu'ils ne préfèrent aux défis de l'incertitude la tranquillité du pré clôturé.

"Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.
(Jean de la Fontaine)