Sur la colline

24 octobre 2007

De Guy se moque-t-on ?

Nous qui sommes nés dans les années soixante serons peut-être les derniers citoyens de la république française à avoir une claire vision de l'histoire, de ses drames et de ses confrontations sociales et politiques. L'avènement de la pop culture diffusée par les médias de masses entraine l'arasement des nuances du passé et symbolise la volonté des membres de la noblesse économique d'imposer une fausse image d'un présent intemporel, d'une situation socio-économique immuable qu'il nous faudrait accepter comme naturelle. Séparer les nouvelles générations de l'histoire de leurs prédécesseurs facilite le contrôle de la population dans notre société néopostmoderne.
Ainsi, falsifier l'histoire dans le but de s'en approprier les hommes marquants, voilà en quoi consiste la stratégie de la nouvelle droite et de son principal représentant qui loge désormais à l'Elysée. Et face à cette vile manoeuvre nul ne réagit clairement, ce qui permet au présent tenant du pouvoir de s'associer dans le discours à Jean Jaurès, Léon Blum ou encore Guy Moquet. Or, à l'inverse des jeunes générations, nous savons bien que s'il avait été contemporain de l'époque où les mineurs de Carmaux entamaient leur grève pour de meilleures conditions de travail, notre nouveau président n'aurait pas choisi avec Jaurès la défense des ouvriers, mais se serait plutôt rangé dans le camp du marquis de Solages et de ses amis, qui ordonnaient aux soldats de la garde républicaine de tirer sur les manifestants; nous savons qu'à l'apogée du Front Populaire il aurait pester contre l'instauration des congès payés et le progès social que la droite d'alors abhorrait... et que dire de 1941 et du serment prêté au maréchal Pétain par tous les membres de l'administration et de la justice françaises : est-ce que les hommes de droite d'alors se sont ralliés à Jean Moulin, ont-ils suivi l'exemple de Guy Moquet ou du seul juge qui avait osé si précocement rejeter la collaboration avec les nazis ? Nos chers députés et sénateurs d'aujourd'hui, qui viennent de voter la loi sur l'immigration et se félicitent de la création du ministère de l'identité nationale, quel camp auraient-ils choisi en 1941 ? Pauvre Guy, il doit se retourner dans sa tombe de martyr communiste !
Attention : la perte du savoir historique véritable peut entrainer la formation d'une génération d'humains qui se contentent de n'être que des consommateurs au pays des bisounours et oublient qu'ils sont les citoyens d'un Etat dont l'administration déporte des milliers de familles sous prétexte qu'il leur manque un bout de papier officiel.
La république est aujourd'hui menacée par les membres de la haute bourgeoisie qui l'ont toujours détestée - bien qu'ils la préfèrent à la royauté dont ils ne pouvaient bénéficier à 100% - et qui rêvent de l'empire que leur propose le nouveau président; l'appareil de l'Etat (sensé représenter le peuple et oeuvrer à son bien-être) est passé entre les mains de la noblesse économique, qui se fait un régal de l'utiliser à son propre enrichissement en le dépouillant de toutes ces structures de solidarité.
La falsification de l'histoire participe à la diffusion de l'apathie et de l'inertie, qui autorisent les membres de la nouvelle droite à privatiser l'appareil de l'Etat et mettre en oeuvre la politique raciste de l'extrème-droite. Que sont devenus la déclaration des droits de l'homme et la république de 1789 : est-ce que leur souffle a définitivement disparu qu'il soit possible aujourd'hui que les citoyens français acceptent l'existence d'un ministère de l'identité nationale, de la loi sur l'immigration et qu'une majorité d'entre eux en arrivent à penser que le pays "ira mieux" si les agents de police traquent et expulsent du territoire 25 000 familles par an ?
Les sur-riches sont en train de boucler leur opération de domestication des non-riches et, à l'instar de notre nouveau président de la république, le pays dans son ensemble est en train de prendre l'aiguillage qui le mettra sur les rails du modèle américain : télé (pour divertir) - boulot (pour fatiguer) - racisme (pour diviser). Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?

18 octobre 2007

Allez, c'est reparti...

Ce sont les relations économiques qui déterminent les relations sociales et culturelles, comme le sait tout bon théoricien d'inspiration marxiste.
Or, il existe plusieurs moyens à la portée des bénéficiaires de l'injustice économique pour masquer cette évidence. D'abord le nationalisme ; et hop, le salarié allemand ne peut pas saquer le salarié français qui traite de voleur le salarié italien qui lui méprise l'africain (salarié ou pas). Alors que les sur-riches,
avec leurs compagnies "multinationales", ont depuis longtemps réalisé l'internationale dont les leaders socialistes avaient rêvé.
Et voici ensuite le racisme : hop-là, le visage pâle n'aime pas le bronzé qui fait du bruit et sent bizarre.
Ainsi va la vie moderne et le salarié admire son concitoyen sur-riche qui lui se marre de voir le non-riche aussi cruche et se régale de lui marcher sur la tête en lui parasitant au quotidien son énergie vitale. Et ce n'est qu'un début : ça fait des années que ça dure de l'autre côté de l'océan... tiens, ça me rappelle une chanson de Joe Dassin.