Sur la colline

30 novembre 2007

Qui sont les voyous ?

Il est très intéressant d'entendre notre président de la république utiliser un néologisme : grâce à lui ou celui qui écrit ses discours, le terme de "voyoucratie" vient donc enrichir le vocabulaire de la langue française et nous verrons s'il apparait dans la prochaine édition de notre dictionnaire préféré - même si il me semble l'avoir déjà entendu dans la bouche d'un dirigeant d'extrème-droite.
Cependant, il me semble que l'utilisation qui en a été faite n'est pas correcte : en effet, qu'elle ne fut ma surprise de réaliser que les gens dont parlait notre président étaient les enfants des pauvres en colère après le décès de deux adolescents et que le but de ce néologisme était de servir de cache-misère destiné à occulter les problèmes découlant des inégalités socio-économiques.
Car, pour ma part, les voyous je les vois ailleurs, je les vois aux plus hauts postes de notre société hiérarchisée : je vois le prédécesseur de notre cher président de la république tremper dans une affaire d'emplois fictifs pour laquelle il n'a jamais été importuné tant qu'il était le plus haut responsable de l'Etat; je vois le maire de Bordeaux dont le conseil municipal s'est autodissout sans vergogne à son retour d'exil; je vois un ancien ministre de l'intérieur bientôt jugé pour le financement d'une de ses campagnes électorales, tandis que son fils a dû fuir le territoire pour échapper à la justice à cause de trafic d'armes; je vois un responsable d'une grande organisation patronale mis en garde à vue (mais vite relaché - pas de comparution immédiate pour lui) pour d'énormes détournements de fonds (26 millions d'euros) servant notamment comme "compléments de retraite versés à des collaborateurs"...
Bref, je vois des hommes riches et de droite, assis dans des fauteuils de responsables, je les vois abuser chaque jour un peu plus de la confiance et de la fatigue des non-riches, je les vois sortir de leur microcosme doré pour s'en venir donner des leçons et faire la morale à leurs administrés, je les vois se rire de la justice et la vouloir implacable envers les pauvres, je les vois parasiter la société qui produit et en accaparer les surplus... Plus que des voyous, je vois des voleurs au pouvoir, des gens issus de la noblesse économique et dont la vie quotidienne n'a rien à voir avec celle de ceux qui ont besoin d'un salaire pour survivre : et pourtant, ne sommes-nous pas dans un des seuls pays d'Europe qui ait coupé la tête à ceux qui parasitaient le système féodal ? Notre président de la république et ses compagnons sont issus de cette classe sociale qui a toujours su profiter des inégalités et en inscrire les principes dans la loi pour perpétuer son pouvoir : ils sont les fiers descendants des riches d'hier et leurs méthodes de combat dans la lutte des classes (qu'ils sont en train de gagner haut la main) sont de plus en plus efficaces et sans pitié.
Où et qui sont les descendants de celles et ceux qui se sont battus pour faire progresser les droits de ceux qui ne possèdent que leur temps de vie pour créer des richesses dont ils ne reçoivent que des miettes ? ... Ah, oui, ils sont devant la télé : ce soir il y a un match de foot.

29 novembre 2007

Le mot du jour

L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt.
Le présent à ceux qui se couchent tard.

14 novembre 2007

Le suicide par la grève

Les syndicalistes ont raison de faire la grève, afin d'essayer de préserver cet acquis social que représentent les régimes spéciaux de retraite : ils sont dans leur bon droit. Cependant, les moyens utilisés pour faire entendre leur voix sont préhistoriques et les membres du gouvernement le savent si bien qu'ils ne craignent pas l'affrontement et savent que celui-ci devrait finalement tourner en leur faveur. En effet, cesser le travail et bloquer la marche des trains ne gênera aucunement le président et ses accolytes dans leur vie quotidienne : ils continueront de jouir de leurs privilèges et de se pavaner devant les caméras en critiquant les syndicalistes qui "prennent les usagers en otage". Par contre, toute une partie de la population ne pourra plus circuler et vaquer à ses occupations, cela venant s'ajouter aux frustrations déjà vécues par les non-riches, qui auront ainsi un peu de mal à se sentir solidaires des grévistes et se laisseront convaincre par la propagande des médias soumis à la volonté des membres de l'élite économique qui ont pris les rènes de l'état français il y a six mois.
Avec cette grève qui bloque le non-riche, c'est comme si les syndicalistes se tiraient une balle dans le pied et les néo-conservateurs qui nous gouvernent ne peuvent que s'en réjouir : l'impopularité des syndicalistes aidera à diviser un peu plus la population du pays. Il est grand temps d'utiliser des moyens d'action syndicale plus appropriés à notre époque : la gratuité pour tous les voyageurs permettrait la mise en place d'une grève qui serait populaire et ne gènerait pas le non-riche de base tout en créant un manque à gagner pour la direction... Que les syndicalistes craignent d'être alors poursuivis en justice est ridicule : ont-ils peur de défendre leurs droits devant un tribunal ? Ont-ils peur d'être licensiés ? A-t-on déjà oublié les ouvriers d'il y a quatre ou cinq générations, qui se faisaient tirer dessus par les soldats de l'armée ou de la garde républicaine lorsqu'il faisaient la grève, alors illégale ? Ces ancêtres-là avaient-ils peur d'enfreindre la loi inique pour défendre leurs droits ? Si ces gens-là n'avaient pas osé déclencher leurs mouvements nous en serions encore à la journée de douze heures, sans sécurité sociale et avec les enfants des pauvres au fond de la mine !
Alors, messieurs les syndicalistes : un peu de courage et d'imagination ! Cessez donc de faire les enfants gâtés et osez mener une grève qui aille dans la bonne direction et ne pénalise pas les non-riches qui sont dans la même galère que vous, en lutte contre l'omnipotence des membres de l'élite économique. En continuant de faire une grève de blocage, je crains que les syndicalistes ne mènent leurs organisations au suicide : c'est pourquoi notre cher président et ses complices se frottent les mains, sachant qu'aujourd'hui les grévistes se tirent une balle dans le pied et que certainement ils iront finalement se jeter sous un train avant la fin de l'année.