Sur la colline

31 mars 2006

Citation

"(...) en 1989, la chute du mur de Berlin a entrainé la dislocation de l'URSS. L'expérience avait duré soixante-dix ans et se terminait par une déconfiture. L'évidence de cet échec est interprétée dans le camps des libéraux comme la preuve que la voie qu'ils préconisent est la seule bonne. Comme si l'échec des premières tentatives d'escalader l'Everest était la preuve que cet exploit est définitivement impossible." (Albert Jacquard, À toi qui n'es pas encore né(e), © calmann-lévy 2000)

Europe-ceci, Europe-cela

Si il était encore besoin de faire preuve de la manière dont est orientée la construction européenne, nous voici encore avec un bel exemple apporté par la décision de septuagénaires poussiéreux (composition du Conseil Consitutionnel : M. Pierre Mazeaud, Président, MM. Jean-Claude Colliard, Olivier Dutheillet de Lamothe, Mme Jacqueline de Guillenchmidt, MM. Pierre Joxe et Jean-Louis Pezant, Mme Dominique Schnapper, M. Pierre Steinmetz et Mme Simone Veil - Mazette ! j'avais oublié ce Pierre Joxe).

En effet, combien de fois nous a-t-on seriné que les directives de l'Union forçaient nos chers gouvernants à mettre en place des lois nationales, à contre-coeur - "Pensez-vous, nous sommes vraiment attachés aux services publics, mais c'est l'Europe qui nous oblige à respecter la concurrence et à déréguler les marchés de l'énergie, des transports en commun, etc." ?
Alors, juste un petit extrait, peu digeste, de la décision de ce groupe de pré-alzheimer, où l'on voit que ce coup-ci, la Charte sociale européenne n'empêche pas le gouvernement français de faire passer une loi qui la viole - étonnant, non ? cette fois-ci l'Union n'impose pas sa loi...
Et pourtant ! Le cpe s'il ne serait pas anticonstitutionnel ne respecte ni la Convention internationale du travail ni la Charte sociale européenne - mais, ma foi, ce n'est pas l'affaire des sages.

-Extrait de la décision de nos sages ancêtres les gaulois, publié sur le site du Monde :
"(...) En ce qui concerne les griefs tirés de la violation de la Charte sociale européenne, de la convention internationale du travail n° 158 et de la directive 2000/78/CE du 27 novembre 2000 :

26. Considérant que les requérants soutiennent que l'article 8 de la loi déférée est incompatible avec la Charte sociale européenne, la convention internationale du travail n° 158 ainsi qu'avec la directive 2000/78/CE du 27 novembre 2000 susvisée;

27. Considérant, d'une part, qu'aux termes de l'article 55 de la Constitution : " Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie "; que, toutefois, il n'appartient pas au Conseil constitutionnel, lorsqu'il est saisi en application de l'article 61 de la Constitution, d'examiner la conformité d'une loi aux stipulations d'un traité ou d'un accord international; qu'ainsi, les griefs tirés de la violation de la convention internationale du travail n° 158 et de la Charte sociale européenne ne peuvent qu'être écartés;

28. Considérant, d'autre part, qu'aux termes du premier alinéa de l'article 88-1 de la Constitution : " La République participe aux Communautés européennes et à l'Union européenne, constituées d'Etats qui ont choisi librement, en vertu des traités qui les ont instituées, d'exercer en commun certaines de leurs compétences "; que, si la transposition en droit interne d'une directive communautaire résulte d'une exigence constitutionnelle, il n'appartient pas au Conseil constitutionnel, lorsqu'il est saisi en application de l'article 61 de la Constitution, d'examiner la compatibilité d'une loi aux dispositions d'une directive communautaire qu'elle n'a pas pour objet de transposer en droit interne; qu'ainsi, le grief tiré de la violation de la directive susvisée du 27 novembre 2000 doit être écarté; (...)"

27 mars 2006

Compétition Pour l'Elysée

Que peut-il advenir d'un pays dont le président rêve de sa retraite à l'abri des juges, tandis que ses dauphins se chamaillent en lorgnant son poste ? Il va encore falloir tenir une année, avec un chef de l'État momifié et deux rivaux obsédés par leur avancement personnel, alors même qu'ils sont les numéro un et numéro deux du gouvernement. Est-il éthique de laisser Sarkollepin en charge du ministère de l'intérieur (RG et compagnie) après qu'il ait avoué penser tous les jours à son ascension personnelle ? Et que dire de l'entêtement de De Villekozy par rapport à son contrat première embauche : est-ce l'avenir des jeunes qui le préoccupe ou bien de voir ses fesses à la place de celles de son employeur ? L'un pressurise les préfets pour qu'ils expulsent à tour de bras des petites gens dont il se contrefiche et l'autre reste droit dans ses bottes face à la colère de gens qu'il méprise : aucun des deux ne vise plus loin que le bout de son propre nez.
Illustration bien trop évidente de la manière dont notre organisation politique favorise l'ascension vers les postes clé d'arrivistes aux préoccupations bien éloignées de celles de la majorité des gens. Un bébé Pasqua contre un bébé Chirac : sont-ils en poste pour servir l'État ou bien pour s'en servir ?

25 mars 2006

La privatisation de l'État

Ceux qui ne vont pas dans le sens de la dérégulation et du libéralisme à tout va sont aujourd'hui taxés d'immobilisme et d'incompréhension face à un monde qui bouge (la fameuse globalisation), ils sont traités d'archaïques. Le faux qui tourne au vrai et le vrai qui est désigné comme faux, ce n'est pas nouveau dans notre société du spectacle. Le code du travail est peut-être un peu poussiéreux, mais il est le résultat d'une marche en avant, vers l'amélioration du sort des salariés; les services publics ne sont pas un vestige antédiluvien, mais bien l'expression de la prise en charge par la communauté d'une partie des tâches nécessaires à la sécurité et au bien-être de la population et ils ont été mis en place et développés depuis des années dans le but de bénéficier à la majorité des citoyens.
Aujourd'hui les néocons de l'ump essayent de faire croire aux gens que le vent du progrès (social) nous pousse inéxorablement vers un code du travail qui tienne sur une carte postale et vers des services publics démantelés et ouverts à la concurrence. De Villekozy massacre à la tronçonneuse le droit du travail, alors que tout le monde sait que c'est la croissance qui créé les emplois, et la croissance ne se décrète pas à l'assemblée. Ces gens-là sont libéraux, mais ne font rien pour faciliter la création d'entreprise ou alléger la fiscalité des pme-pmi. Entreprendre reste un privilège de classe et il semblerait que tout soit fait pour tenir la création d'entreprise hors de portée des ilotes. Sarkopin reprend en coeur la litanie des ultra-libéraux européens et prône la libéralisation des services (publics en tête) : la concurrence est une loi de leur nature et il ne faut pas lui mettre des bâtons dans les roues. Et vive le marché libre : exit les services publics, exit donc le rôle de l'État comme représentant de la population et garant de la solidarité nationale. Alors vendons les bijoux de famille à nos potes : l'industrie de l'acier à Seillières, la télé à Bouygues, la SNCM à Butler, GDF à Suez, etc. Tout doit disparaitre ! Tous ces outils de travail bâtis avec l'argent des contribuables, au service des contribuables, doivent être bradés et offerts à des intérêts privés : jackpot ! c'est ça la loi du marché. Bientôt les écoles maternelles Cégétel, la police Bouygues ou les pompiers Lagardère.
Plus que de gueuler dans la rue et dissoudre les individus dans une foule manipulable, je voudrai bien voir les leaders de ce mouvement de protestation au mot d'ordre binaire proposer un programme commun et profiter de ces rapprochements entre acteurs socio-économiques pour élaborer des propositions concrètes et faire la démonstration qu'il existe d'autres voies possibles, des projets qui remettraient les profits à leur place et ramèneraient l'humain au premier plan des préoccupations communes.
Le choix est simple : qui du marché ou de l'humain doit être libre ?

16 mars 2006

Question du jour

La question du siècle doit revenir sur la table :
capital+travail = capital : comment partager ce capital produit ?
Ci-dessous un petit extrait d'un article sur le sujet :
l'article

30 milliards d'euros, c'est l'équivalent de la fraude fiscale chaque année en France, selon le Syndicat national unifié des impôts (Snui). Une fraude essentiellement imputable aux non-salariés...

17 milliards d'euros, c'était le montant estimé de la fraude patronale aux cotisations sociales (Assedic, Urssaf, caisses de retraite) en 1996, selon une des rares études sur la question, celle du Cesdip-CNRS.

+24% C'est la hausse des dividendes des actionnaires de Pinault-Printemps-La Redoute en 2000. Les actionnaires de Schneider ont eu droit à +19% ; ceux de Lafarge +26% ; chez SGE (Vinci), +14%.

+1,9% C'est la hausse du salaire mensuel de base (SMB) de l'ensemble des salariés entre 1999 et 2000.

15 mars 2006

Ce Petit Electrochoc

On va bien voir samedi 18 mars si la promulgation de ce nouveau contrat de travail est apte à cristalliser les colères variées et rompre la croute du fatalisme économique qui sévit et endort. La propagande martèle la victoire du capitalisme comme système économique et pousse les gens à croire à son côté naturel et évident. Chacun dans son microcosme étanche est fataliste et se concentre sur sa propre survie et celle de sa petite tribu. Nul ne bouge lorsque les bulldozers du libre marché démolissent le jardin du voisin. Par contre beaucoup se mettent en colère si ces mêmes engins viennent massacrer leurs plates-bandes et défoncer leurs nains de jardin; certains alors seront prêts à descendre dans la rue, tandis que la plupart avaleront la rancune avec un verre de coca devant la télévision.
Qui sont donc ces étudiants qui manifestent ? Quelle est la nature de leur révolte ? Où étaient-ils à chacune des attaques sur les services publics ? Où sont-ils lorsque les camps de rétention se remplissent, lorsque les rafles et les expulsions se multiplient ? Que pensent-ils des cadeaux fiscaux fait aux contribuables les plus riches par ce même premier ministre qui les horripile soudain ? Le gouvernement a osé piétiner leurs plates-bandes, jeter encore un peu plus de doute sur leur avenir de consommateurs : les voilà dans la rue. C'est déjà ça, par rapport à tous ceux qui ont pris l'habitude de baisser la tête. Malheureusement, il me semble voir un troupeau de veaux, de jeunes consommateurs (citoyens domestiqués) affolés d'un avenir sans crédit : ce ne sont pas là quelques taurillons capables, d'un coup de cornes bien placé, de faire voler en éclat le miroir aux alouettes de notre société du spectacle. Ils en veulent de ce spectacle, ils en rêvent, ils en sont, et, comme tout un chacun, ils retourneront dans leurs microcosmes respectifs lorsque les caméras seront parties. A moins que ce petit électrochoc n'ait réveillé leur instinct de citoyen. On peut toujours rêver !

07 mars 2006

Les réformes en France

Extraits de l'interview de Bernard Accoyer, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, propos recueillis par D.G.; publié dans le quotidien La Tribune du 6 mars 2006.
"La majorité sait que dans notre pays agir, moderniser n'est jamais populaire lorsque les réformes sont conduites. Les Français comprennent souvent plus tard le bien fondé des réformes. Le Premier ministre est aujourd'hui confronté à cette spécificité nationale que l'on peut regretter et qui est une réalité."
Je passerai rapidement sur les remontrances à l'égard de l'opposition qui "n'hésites pas à susciter la peur face au changement" et le cliché de la France "ilôt d'immobilisme dans un monde dont l'économie est en mutation profonde".
Je voudrai juste signaler à ce monsieur responsable politique que lorsqu'il s'agit de passer des réformes réduisant le temps de travail à 35 heures, instaurant la 5ème semaine de congés payés ou encore instituant le RMI, il n'y a pas beaucoup de gens prêts à descendre dans la rue pour en contester le bien-fondé. Étonnant, non ?

05 mars 2006

Le mot du jour : cénesthésie

n. f. (gr. koinos, commun, et aisthésis, sensation) PHYSIOL. Impression globale résultant de l'ensemble des sensations internes. (Petit Larousse illustré 2005)

"Tant qu'on n'aura pas psychanalysé l'homme repu, on manquera des éléments affectifs primordiaux pour comprendre la psychologie de l'évidence réaliste. (...)
Ainsi nous n'hésitons pas à invoquer une origine cénesthésique pour certaines intuitions philosophiques fondamentales. En particulier, nous croyons que cette chaleur intime, enveloppée, préservée, possédée qu'est une heureuse digestion, conduit inconsciemment à postuler l'existence d'un feu caché et invisible dans l'intérieur de la matière ou, comme disaient les alchimistes, dans le ventre du métal." (Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu)